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Land art or not land art ?



Le Land Art n’a jamais constitué un mouvement artistique organisé. C’est plutôt la résultante d’un entrecroisement de trajectoires d’artistes venant d’horizons divers, mais appartenant à une même génération intellectuelle et venant tous du minimalisme américain ou ayant évolué parallèlement à lui. Walter de Maria (à qui l’on doit le terme de Land Art), Michael Heizer, Robert Smithson et Robert Morris (les grands «constructeurs»), ainsi que Richard Long et Dennis Oppenheim (qui tracent leurs oeuvres sur le sol, déplacent quelques pierres, mais ne construisent pas de sculptures monumentales), peuvent être considérés comme les véritables piliers du Land Art.
L’expérience in situ, commune à tous les artistes du Land Art, ne suffit pas à les caractériser. Peuvent être classés sous la rubrique Land Art, les oeuvres désignées sous le terme de Earthworks, c’est-à-dire dont le médium est la terre elle-même, une terre malmenée, creusée, déplacée, entassée, griffée, aplanie... aussi bien que toutes les réalisations qui engagent le land - l’espace, rural ou urbain - dans une relation de réciprocité avec elles.

Beaucoup d’artistes revendiquent un engagement politique et social, et conçoivent leur art comme le témoignage de leur contestation de l’ordre établi, ce qui les conduit à accorder autant ou plus d’importance à l’acte de création et à ce qui lui donne sens qu’à l’objet qui en résulte, à l’art qui se fait plutôt qu’à l’art fait. Cette «nouvelle culture» se trouve évidemment en porte-à-faux vis-à-vis de l’establishment et de l’appareil culturel, en particulier de l’institution muséale, lieu symbolique de la culture avec laquelle elle se veut en rupture. D’où le mot d’ordre : «Sortez l’art de la prison des musées».

Certains ont parlé pour décrire le Land Art, «d’art écologique». Cependant tous les artistes ne pensent pas la nature pour elle-même : elle offre à leurs pratiques, support et matériaux, elle entre avec l’oeuvre, à travers le site et l’environnement, dans des relations complexes, elle devient partie prenante de l’oeuvre et principal agent de sa lente dégradation, mais elle n’est jamais au centre du projet. Pas plus qu’un art écologique, le Land Art n’est un art du paysage. On est loin des références écologiques qui sous-tendent l’oeuvre d’artistes tels que Pearce, Finlay, Nils-Udo et bien d’autres, dont l’objectif consiste précisément à rendre sensible, pour le spectateur, le spectacle de la nature, à faire d’un paysage une oeuvre négociée avec la nature.

Il semble donc clair que d’un point de vue de l’éducation à l’environnement, une petite partie, voire même une dissidence seulement du Land Art nous intéresse. Cette branche évolutive partant de Long et Fulton a rencontré les préoccupations écologistes de l’époque et la lignée évolutive de la vieille Europe incarnée par l’Ecole anglaise de sculpture. Ces deux courants ont en commun de proposer un ré-enracinement de l’humain sur terre et peut être même la relativisation de son importance. Ils prennent le contre-pied d’un idéal de l’humain, émanation du divin, parachuté sur terre pour mieux retourner au ciel. L’oeuvre est alors négociée avec l’environnement, inscrite dans l’espace et dans le temps, vivante donc mortelle, soumise à l’entropie, éphémère.

Si l’on ajoute la recherche du brouillage des limites entre les différents arts (sculpture/ architecture/ danse...) et entre les produits de l’art et ceux de la nature, l’intérêt porté aux processus, aux équilibres, plus qu’aux objets “faits”, on voit bien tout le profit que l’on peut tirer, en éducation à l’environnement, d’une pratique proposant un corps à corps avec l’Autre “non-humain”.

Texte de Jérôme Piguet.

Extrait de "la Plume" bulletin de liaison du Graine Ile de France.
La plume n°46 contient un dossier spécial "land art"
http://www.graine-idf.org/commissions/plume.php3
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